Harun Yahya

La réconciliation est sortie vainqueur en Tunisie


Alors comment le Printemps arabe, qui a balayé le monde arabe, a-t-il affecté le pays d’où il a commencé lorsque le vendeur de rue Mohammed Bouazizi s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010?

Même si l’éviction de Zine El Abidine ben Ali a donné l’espoir à beaucoup de gens, la suite était loin d’être aussi facile. Par exemple, il a fallu trois ans pour que la Tunisie obtienne une nouvelle Constitution et il n’était certainement pas facile pour les parties concernées de parvenir à ce stade car elles ont dû surmonter de nombreuses difficultés et concilier leurs différences afin de parvenir à un compromis.

L’assassinat politique des dissidents et le meurtre de huit soldats tunisiens en embuscade par des radicaux salafistes sur le mont Chaambi ont déclenché une nouvelle vague de violence et ont conduit à une longue interruption du processus de préparation constitutionnel provoquant également une forte polarisation dans le pays. Malgré tous ces problèmes, la persistance du parti au pouvoir An-Nahda à concilier a bien réussi et le processus a finalement été achevé. An-Nahda a remporté 89 des 217 sièges au Parlement, a obtenu 41% des voix et est sorti vainqueur des élections de 2011. 

Malgré cela, le parti a renoncé au poste de président et a laissé ce titre au deuxième parti du pays, prouvant une fois de plus combien ils étaient déterminés à parvenir à un compromis. Ils ont eu la même approche en ce qui concerne les ministères en occupant seulement 40% de ces derniers à l’exception du Premier ministre. Ils affichaient ainsi une fois de plus une attitude positive.

La décision de l’armée tunisienne de rester hors de la politique alors que celle-ci fait partie de la tradition du pays, a également contribué à l’avancement du processus de rédaction de la Constitution. Après le renversement de Ben Ali, l’armée tunisienne s’est abstenu d’affronter le peuple du pays et au lieu de cela, a gardé une distance avec la politique, aujourd’hui encore, l’armée n’est pas considérée comme politique. 

Après de longues séries de négociations et de discussions, la Constitution a enfin été promulguée avec une majorité de 200 voix pour, de 12 contre et de 4 abstentions. Le développement a été largement salué par le monde occidental. Le président français, François Hollande qui a assisté à la cérémonie, a salué l’achèvement à l'Assemblée nationale qui comprenait d’importantes personnalités politiques de divers pays africains: “la Constitution fait honneur à votre révolution et peut servir d’exemple à d’autres pays”. Il ajouta: “Cela confirme ce que j’avais dit en juillet (quand j’avais visité): l’islam est compatible avec la démocratie”. 

Ban Ki Moon a également considéré le sujet en disant: “les Tunisiens sont un bon exemple pour d’autres personnes qui souhaitent une réforme”. 

Les prochaines élections démocratiques sont un nouveau défi pour le pays. Mahdi Jomaa, qui a assigné la tâche de constituer le gouvernement a obtenu son vote de confiance au Parlement avec 149 voix et a prêté serment le 30 janvier pour commencer ses nouvelles fonctions. Le fait que Jomaa ait réussi à construire un gouvernement après avoir annoncé que les premières élections démocratiques auraient lieu au plus tard en 2014, a également grandement contribué à la stabilité dans le pays.

Alors comment la Tunisie a pu réussir dans la tempête qui s’est naturellement manifestée après le printemps arabe? 

 

L’attitude accommodante du parti An-Nahda

L’une des raisons les plus importantes derrière cette réalisation est l’attitude accommodante du parti An-Nahda vis-à-vis de l’opposition et des groupes ayant des points de vue différents des leurs. Rachid Al-Ghannouchi, le dirigeant d’An-Nahda, n’a pas reculé bien que beaucoup ont prétendu qu’il acceptait un compromis pour s’accrocher à son poste. Au lieu de cela, il adopté un style politique de partage du pouvoir.

Cette approche agréable de partager le pouvoir avec les groupes laïcs a aidé à atténuer les tensions qui risquaient d’augmenter de temps en temps dans le pays: si les dirigeants n’avaient pas choisi cette voie, c’est-à-dire, si an-Nahda avait tenté d’abuser de son pouvoir, avait affaibli les autres groupes et ne les avait pas écouté, la Tunisie ne serait pas là où elle en est aujourd’hui.

 

An-Nahda et les droits des femmes

Une autre raison derrière le succès de la Tunisie est l’égalité et la liberté offertes aux femmes dans la Constitution. Depuis les années 1950, la Tunisie a toujours obtenu de meilleurs résultats par rapport à d’autres pays arabes en ce qui concerne les droits des femmes mais les pratiques de la vie réelle ne reflètent pas toujours le même niveau de libéralisme. Avec la nouvelle Constitution, de nouvelles réglementations ont été introduites afin d’assurer une protection plus importante des femmes contre la violence domestique et l’égalité des sexes au sein du Parlement a été garantie.

Il est toujours possible de déterminer le niveau de développement d’une société en examinant comment l’égalité des femmes et des hommes est considérée. La Tunisie ouvre la voie à d’autres pays arabes en ce qui concerne la protection qu’offre  sa Constitution aux femmes. Lors d’une interview avec A9 TV à Istanbul le 8 mars 2014, M. Rachid al-Ghannouchi a expliqué combien il était important pour eux de protéger les droits des femmes et comment cela avait contribué à leur succès:

“L'islam attache une grande importance aux femmes. En effet, c’est l'islam qui a d’abord donné aux femmes leurs droits, qui sont maintenant universellement reconnues comme des droits humains internationaux. L'islam a toujours été un fervent défenseur des droits des femmes et est également avec véhémence contre toutes les formes de violence et de discrimination envers elles. Les femmes représentent la moitié de la population mondiale, cela signifie que la vie peut exister que par elles. Il est donc crucial qu’on assure cette unité parce que nous ne pouvons pas vivre séparés de l’autre moitié du monde. Il ne peut y avoir aucune civilisation, aucune société ou communauté sans femmes. Il est maintenant grand temps que les hommes prennent la parole pour les femmes, que les femmes prennent la parole pour les femmes, que les femmes aillent de l’avant et aient leurs  mouvements. Nous pouvons faire des gestes exemplaires, la moitié des membres d’An-Nahda au Parlement sont des femmes. Nous avons présenté un modèle pour l’égalité.  

 

An-Nahda et la normalisation des relations avec Israël 

Le dernier facteur derrière le succès tunisien est leur approche vis-à-vis d’Israël. An-Nahda ne tolère pas les différentes tentatives de faire des relations normales avec Israël un délit. Bien évidemment, toute disposition de la Constitution qui pourrait constituer quelque chose comme cela créerait un contrecoup immense de l’opposition libérale interne et du monde occidental. 

Si l’Assemblée nationale constituante de la Tunisie, qui a rédigé la Constitution, faisait une erreur dans l’une des quelconques de ces points cruciaux, la Tunisie serait quelque part de bien aujourd’hui.

Cet exemple clarifie le fait que les pays du Moyen-Orient, en particulier ceux à majorité musulmane, devraient mettre de côté leur attitude d’isolement et d’aliénation de groupes qui ne sont pas aussi conservateurs qu’eux, les qualifiant d’hérétiques, les privant de leurs droits ou adoptant une attitude violente à leur égard. La Tunisie est un exemple où même si le parti au pouvoir est religieux, il suit une approche modérée, pluraliste et démocratique qui respecte et embrasse les athées, les gauchistes, les femmes, les non-musulmans et tous les autres. Car il est un fait que la majorité du peuple de la région s’identifie à la religion, l’attitude de la Tunisie est apaisante, donnant l’espoir qu’un environnement pacifique est possible, qui ne bénéficie pas seulement aux musulmans mais à tout le monde dans la région. L’arbre de liberté a pris racine en Tunisie et a donné une belle récolte. C’est un bon exemple à suivre qui profitera à tous les Tunisiens tant en termes de liberté de religion que de droits humains.

 

 

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